Du Seigneur des Anneaux aux couteaux d’art, il n’y a qu’un pas que Charles Ballerait, passionné d’heroic fantasy et de culture pop d’où il puise son inspiration, a franchi en 2017 en passant du monde de l’audiovisuel à celui de l’artisanat. C’est dans son atelier parisien situé à la cour de l’Industrie, l’une des dernières cours industrielles du XIXe siècle, que nous l’avons rencontré.

Vous êtes l’unique coutelier fabricant de Paris. Comment en êtes-vous arrivé à exercer ce métier peu commun ?

Après des études littéraires, je suis devenu scénariste de films d’animation, activité que j’ai pratiqué une dizaine d’années. J’étais frustré de ne pas utiliser mes mains autrement que pour taper sur un clavier d’ordinateur. Comme je suis par ailleurs fan d’heroic fantasy et de l’univers de Tolkien en particulier, l’envie m’est venue d’apprendre à forger des épées. Je me suis formé auprès d’un coutelier d’art, Raymond Rosa, qui m’a appris à forger et à donner vie à des couteaux. Je me suis arrêté là ! Pour le moment….

Quelles sont les différentes étapes nécessaires à la création d’un couteau ?

La première phase est celle de la conception du couteau. J’imagine la forme du manche et la ligne de la lame que j’exprime par le dessin. Une fois validé, je reporte les lignes sur l’acier que je découpe en suivant les traits. Je fais ensuite les émoutures, je procède au façonnage du manche – qui peut être en bois, mais aussi en matériau contemporain comme la résine, le Paperstone, l’Avonite par exemple – ensuite je procède à l’ajustage du mécanisme et à l’assemblage du couteau. La création d’un couteau se conclut toujours par l’affûtage de la lame.

Selon vous, quelle est la chose la plus importante à considérer pour atteindre un résultat parfait ?

A mon sens, pour atteindre un résultat parfait, si tant est que cela soit possible, il faut se donner le droit à l’erreur. C’est important de considérer que l’on apprend de ses erreurs. Plus on les multiplie, plus on apprend, plus on apprend, plus on tend à atteindre l’objet parfait. Donc, si vous voulez atteindre la perfection, plantez-vous !

Quelles sont vos sources de satisfaction dans votre métier ?

Je dirais que je tire une triple satisfaction de mon activité. J’ai une satisfaction créative, que j’avais déjà en tant que scénariste ; j’aime raconter des histoires au travers des couteaux que je fabrique dont les lignes sont le fruit de mon imagination. Ma deuxième satisfaction est manuelle. Être en contact de la matière a quelque chose de rassurant dans notre société dématérialisée et déconnectée. Quand je transforme la matière, j’ai prise avec la réalité et le concret. Enfin, je ressens une satisfaction “humaine” car je suis en contact direct avec mes clients. Replacer l’humain au cœur des échanges dans notre monde industrialisé est le privilège de l’artisanat.

L’art de faire simple dans la coutellerie c’est imaginer des lignes qui soient les plus épurées possibles pour être immédiatement impactant. Je dirais que c’est aussi se tromper régulièrement pour affûter progressivement son geste jusqu’à ce qu’il soit le plus précis possible et qu’il devienne un automatisme. C’est par la répétition du geste qu’il devient simple à réaliser.

Comment définiriez-vous le couteau parfait ?

Un couteau parfait, c’est un couteau qui est source de satisfaction pour les deux bouts de la chaîne de production. C’est un couteau qui me satisfasse moi dans le plaisir que j’ai retiré du processus de création et de façonnage, et qui fasse plaisir au client final, à la fois par ses qualités esthétiques et d’utilisation.

Charles Ballerait

www.ballerait-coutelier.fr
@ballerait_coutelier

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