Mélanie Kaltenbach est luthière depuis plus de vingt ans. Dans son atelier boutique, elle fabrique ou restaure violons, altos et violoncelles. C’est sa passion pour le violoncelle, qu’elle pratique depuis qu’elle a 7 ans, qui a révélé ce que sera sa vocation. Sa quête ? Simplifier la pratique du musicien pour que l’instrument s’efface au profit de l’émotion.

Mélanie Kaltenbach, Artisan Luthière

Mélanie, qu’est-ce qui est à l’origine de votre engagement dans l’univers de la lutherie ?

J’ai joué du violoncelle dès l’âge de 7 ans et j’ai même voulu le pratiquer en tant que professionnelle. C’est cet amour que je nourrissais pour l’instrument qui m’a conduit sur le chemin de la lutherie. C’est un métier que j’exerce avec passion et qui grandit à mesure que je le pratique. Il me permet d’allier le manuel et l’intellectuel. Etre luthier, c’est comme ça que je voulais me définir.

En quoi votre maîtrise du violoncelle est-il un atout dans votre pratique de la lutherie ?

Etre violoncelliste me permet de perfectionner mes connaissances techniques et sensorielles liées au fonctionnement de l’acoustique. Je peux ainsi mieux comprendre et appréhender les besoins des musiciens. Car le rôle du luthier est de faire en sorte que l’instrument soit au service du musicien. Il faut que ce dernier ait une grande confiance en son instrument pour pouvoir laisser libre cours à son interprétation.

Qu’est-ce qui lie un musicien à son luthier ?

Indubitablement, je pense que ce qui lie un musicien et un luthier est la recherche de l’émotion avant toute chose.

Que faut-il appréhender avant de fabriquer un violon ?

Pour fabriquer un violon, il faut penser en amont à la qualité du son que l’on veut obtenir. Selon si l’on recherche des sons de ténor ou des sons de basse, cela va influencer la dimension des cotes extérieures de l’instrument, la taille des « f », la longueur du coffre… Il est nécessaire de penser l’instrument dans tous ses détails avant de le fabriquer.

Quelles aptitudes requiert la pratique de la lutherie ?

Notre savoir est multidisciplinaire. Nous devons avoir à la fois des aptitudes techniques et artistiques mais aussi une maîtrise de la menuiserie et de la chimie pour obtenir les vernis qui recouvriront les instruments. Cela demande une infinité de connaissances et c’est ce qui en fait un métier enrichissant et passionnant.

Qu’est-ce que vous apprend votre métier ?

Fabriquer des instruments m’apprend la patience, la minutie et le dépassement de soi. Chaque instrument fabriqué doit surpasser le précédent en apprenant des potentielles erreurs commises. C’est un savoir-faire qui s’apprend par empirisme. En quelque sorte, je pratique dans une quête d’excellence.

Est-ce un métier solitaire ?

Dans la mesure où j’exerce dans un atelier qui est aussi une boutique et que je propose à la fois de la fabrication et de la restauration, mon métier est un juste équilibre entre l’isolement, quand je travaille à l’atelier, et le contact, lorsque j’accueille des clients.

Comment atteint-on une forme de simplicité dans la pratique de la lutherie ?

La simplicité s’exprime dans la facilité du geste à accomplir. Mais pour l’atteindre, le geste demande d’avoir été répété maintes et maintes fois pendant de nombreuses années pour qu’il s’exécute sans réflexion, en faisant simplement confiance à la mémoire du corps.

Qu’est-ce qui est compliqué dans la quête de la simplicité ?

Travailler de manière artisanale demande beaucoup de temps. Réaliser un instrument demande de mettre en oeuvre une trentaine d’étapes. La fabrication d’un violon prend près de trois semaines et cela peut prendre jusqu’à six mois pour un violoncelle. Ainsi, ce qui est compliqué dans l’art de faire simple, c’est de maîtriser l’ensemble des gestes et d’anticiper toutes les étapes pour aboutir à l’objet tel qu’on l’a imaginé.

Mélanie Kaltenbach

www.luthier-paris.fr