Alors que 15 millions de parapluies sont jetés à la poubelle chaque année, l’atelier de Thierry Millet, réparateur de parapluies, est unique en son genre ; il est parmi les seuls à être exclusivement consacré à cette activité. Dans sa boutique-atelier qui existe depuis 1967, 10 000 parapluies passent chaque année entre les mains de cet artisan collectionneur d’histoires de vie.

Comment devient-on le gérant d’un atelier entièrement dédié à la réparation de parapluies ?

Je suis devenu réparateur de parapluies par les hasards de la vie. Formé à l’Ecole Boulle, j’ai commencé à travailler dans les ateliers pour progressivement devenir cadre commercial dans une grande enseigne d’ameublement. Alors que j’étais à la recherche de nouvelles opportunités professionnelles, une amie m’a appelé en me disant « Thierry, je sors d’une boutique de réparation de parapluies. Il faut que tu viennes voir, je t’ai vu dedans. »

Comment avez-vous appris le métier ?

Réparateur de parapluies n’est pas un métier, c’est une activité. Il n’y a pas d’école qui forme aux gestes. J’ai appris aux côtés de mon prédécesseur. Les débuts ont été difficiles; j’ai acquis mon savoir-faire en pleurant devant l’atelier, en répétant les gestes jusqu’à ce qu’ils soient maîtrisés.

Thierry Millet, Réparateur de parapluies
En conclusion, c’est en réparant des parapluies que l’on devient réparateur de parapluies ?

Tout à fait, on ne peut pas décrire ce savoir-faire, c’est de l’expérience tout simplement. Réparer des parapluies revient à faire du bricolage adapté au parapluie ; c’est beaucoup de système D. J’ai développé mes propres techniques par empirisme. En revanche, il faut avoir une connaissance pluridisciplinaire et une bonne connaissance des matériaux. Il faut savoir travailler l’acier, le bois, le plastique, la fibre de verre et de carbone et le tissu. Chacun demande de maîtriser une technique différente. Dans mon quotidien, je perce, je ponce, je vernis, je couds… On ne s’improvise pas réparateur de parapluies, on apprend à être réparateur de parapluies. Et il faut apprendre avec humilité.

J’ai vu des clients quitter la boutique avec les larmes aux yeux.

Qu’est ce qui vous plait le plus dans votre quotidien d’artisan ?

Ce qu’il y a de plus beau dans cette activité, c’est de faire plaisir aux gens qui viennent avec des parapluies endommagés en disant « J’y tiens, c’est un souvenir » et qu’ils repartent avec un parapluie réparé. J’ai vu des clients quitter la boutique avec les larmes aux yeux. Parce qu’un parapluie, c’est une histoire. Je répare un objet qui a appartenu à une arrière-grand-mère, un grand-père ou qui est le cadeau d’un fiancé parti à l’autre bout du monde… Un jour, un homme m’en a apporté un très vieux qui avait appartenu au Maréchal de Lattre de Tassigny ! J’ai plaisir à réparer et rendre des parapluies pour qu’ils puissent continuer d’être des vecteurs d’histoires de vie.

A quoi ressemble votre quotidien ?

J’arrive tôt à l’atelier qui est situé à l’étage de la boutique, et je consacre la matinée à la réparation des parapluies alors que la boutique est encore fermée aux clients. L’après-midi, j’accueille la clientèle et entre deux clients, je répare ou restaure. Selon les cas, une réparation demande entre deux minutes et deux heures de travail, et une vingtaine de parapluies passent en moyenne entre mes mains chaque jour.

Comment atteindre “l’art de faire simple” dans votre savoir-faire ?

L’art de faire simple, il me semble qu’on l’atteint en apprenant un geste et en le répétant mille fois. Quand on l’a répété mille fois, il devient simple à accomplir. C’est alors quel’on peut obtenir une qualité presque parfaite d’exécution.

Thierry Millet, Réparateur de parapluies

Pep’s – Thierry Millet
www.peps-paris.com
@pepsparis