En 2012, Fabien Meaudre lance la marque de savons et de cosmétiques Le Baigneur. Diplômé d’une école hôtelière, ce jeune trentenaire sensible au développement durable et au bio aspirait à travailler de ses mains. Dans son atelier où l’homme remplace la machine se mêle des senteurs de bois de cèdre, de patchouli et de menthe poivrée.

Quel est le processus de saponification que vous utilisez pour créer votre gamme de savons ?

J’utilise le procédé de saponification à froid qui consiste à ne pas chauffer les huiles et les beurres végétaux qui vont être utilisés pour saponifier. Il a pour vertu de préserver toutes les propriétés nutritives de ces huiles et de conserver la glycérine qui est naturellement produite par la réaction chimique de saponification, pour obtenir un savon hydratant et respectueux de la peau.

Quelles étapes jalonnent la création d’un savon ?

La première étape consiste à peser les différentes matières premières que sont les beurres végétaux, les huiles végétales, la lessive de soude qui sert à saponifier, et les huiles essentielles qui apportent l’identité olfactive au savon. Je peux aussi adjoindre des additifs à la recette, comme des colorants naturels, du miel, des matières exfoliantes… Je procède ensuite au mélange des ingrédients qui conduit à la formation de la pâte à savon, que je transvaserai dans un moule. La phase de séchage qui s’ensuit dure entre 4 à 6 semaines. Les dernières étapes sont le démoulage, la découpe des savons, le poinçonnage et enfin le conditionnement. L’entièreté du processus est réalisée à la main dans mon atelier.

Diriez-vous que votre métier est un métier de passion ?

Je dirais qu’il l’est devenu avec le temps. J’ai toujours eu envie d’exercer un métier manuel et artisanal et je dois avouer que je me suis intéressé au savon et à la cosmétique bio par les hasards de la vie. Ce qui me passionne par dessus tout, c’est de fabriquer quelque chose de mes mains et de maîtriser la chaîne de production, de la recherche des matières premières à la vente. J’ai besoin d’une activité concrète ; à la fin de ma journée, le travail que j’ai effectué est tangible et quantifiable. J’en retire une grande satisfaction.

Selon vous, l’artisan est-il en quête de la création parfaite ?

L’artisan est en quête de la perfection dans la maîtrise de son savoir-faire et dans l’élaboration du meilleur produit possible. Mais ce qui est beau dans l’objet artisanal, c’est que dans la mesure où il est issu d’un procédé de fabrication manuelle et que malheureusement, ou heureusement, l’artisan n’est qu’un être humain, le résultat sera naturellement imparfait. Toute la beauté réside dans l’imperfection du résultat qui conserve la trace de la main.

Pour moi, l’art de faire simple consiste à fabriquer un produit du quotidien élémentaire qui est le résultat d’un processus de fabrication artisanale en utilisant uniquement des matières premières issues de la nature.

Le travail artisanal est souvent répétitif. Ne vous lassez-vous pas de la redondance des gestes ?

Au contraire, c’est par la répétition des gestes que j’accède à un état quasi méditatif. Je m’inspire beaucoup de la philosophie des moines bénédictins, « Ora et labora » qui signifie « prie et travaille ». Sans donner une connotation religieuse ou spirituelle à ce métier, c’est par le geste répétitif que j’arrive à atteindre cet état second propice à l’évasion et à la libération de la créativité.

L’innovation est-elle est le moyen de ne pas tomber dans la routine ?

Imaginer de nouveaux produits, penser à de nouvelles combinaisons d’ingrédients parfois inédits – comme la bière par exemple -, rechercher de nouvelles matières premières, tout cela permet de rompre avec la routine d’un processus de fabrication qui est voué à se répéter. Tel un alchimiste, je suis en quête de l’harmonie entre différents ingrédients pour obtenir un produit exceptionnel ; c’est un moteur qui fait barrage à la routine.

 Le Baigneur

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